03.07.2006

Le soldat franco-israélien Guilad Shalit

LeMonde.fr

Le soldat Guilad Shalit, 20 ans, qui a été enlevé dimanche matin par un commando palestinien lors d'une attaque contre un poste militaire à la lisière de la bande de Gaza qui a coûté la vie à deux militaires israéliens et à deux des assaillants palestiniens, dispose également de la nationalité française, a indiqué, lundi 26 juin, la radio militaire israélienne, citant une voisine de sa famille."Guilad Shalit est français par son père, qui a jadis résidé en France", a indiqué à la radio de l'armée israélienne une voisine de sa famille dans la localité de Mitzpeh Hila, en Galilée.

La France est "en contact avec toutes les parties concernées" pour tenter d'obtenir sa libération, a annoncé lundi le ministère des affaires étrangères. "Nous sommes en contact avec toutes les parties concernées pour trouver une solution à cette situation", a déclaré le porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, Denis Simonneau. Toutefois, il n'a pas donné de détails sur la nature de ces contacts.

Le porte-parole a confirmé l'information, ajoutant que les services diplomatiques français en Israël avaient d'ores et déjà pris contact avec sa famille. "Nous pouvons confirmer qu'il s'agit d'un ressortissant français, né en Israël de père français", a-t-il dit. "Notre ambassade et notre consulat général à Haïfa sont mobilisés" et ont "pris d'ores et déjà un contact téléphonique avec la famille", qui doit également recevoir dans la journée une visite de l'ambassadeur de France, Gérard Araud, a indiqué M. Simonneau.

A Tel-Aviv, la porte-parole de l'ambassade de France, Yael Avran, a confirmé que les diplomates français s'activaient à la libération du soldat.

22.04.2006

Archives de l'Holocauste, des millions de noms

Nouvelobs.com

BAD AROLSEN, Allemagne - Un nom, un lieu, mais parfois plus, comme l'homosexualité, des maladies héréditaires ou des expériences pseudo-médicales: des informations sur plus de 17,5 millions de victimes du nazisme sont recensées par le Service international de recherches (SIR). Des données souvent sensibles, susceptibles d'entraîner une violation de la vie privée si elles devaient être ouvertes au public.

Pour l'instant, les 30 millions de documents du SIR, basé à Bad Arolsen, ne peuvent pas être consultés par les historiens et le public. Mais cette restriction pourrait bientôt être levée sous la pression de chercheurs travaillant sur l'Holocauste et d'organisations juives. Les onze pays (Belgique, France, Allemagne, Grèce, Italie, Israël, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Etats-Unis) qui gèrent ces archives se réunissent au Luxembourg le 16 mai. Le gouvernement allemand s'est dit prêt cette semaine à travailler sur cette question.

Le SIR a été créé en 1943 à Londres et transféré en Allemagne en 1945. Son objectif, aider les proches des victimes à découvrir ce que les leurs étaient devenus, vivants ou morts. Plus de 50 millions de références ont été cataloguées et, dans la majeure partie des cas, numérisées pour former une immense base de données. Le tout devrait être informatisé d'ici fin 2007. Le SIR a géré environ 150.000 requêtes rien que l'année dernière. Il faut trois ans et demi en moyenne pour obtenir des informations.

Ce sont de loin les documents les plus complets sur les victimes du IIIe Reich, estime Udo Jost, responsable des archives du centre. Mais tout n'y figure pourtant pas. Certains camps de la mort, explique-t-il à l'Associated Press, ne s'embarrassaient pas de telles données. Dans d'autres cas, elles ont tout simplement été détruites à l'approche des troupes russes et alliées.

D'autres camps en revanche ne cessaient d'alimenter leurs fichiers. Celui de Mauthausen, en Autriche, recensait les décès des détenus, notant leurs noms et numéros, ainsi que leur date et lieu de naissance. "Il indique également comment ils sont morts", poursuit Udo Jost, en présentant une copie du "livre de la mort" du camp de 1942 à 1943. Ainsi, le 20 avril 1942, 300 prisonniers ont été exécutés en quelques heures. "C'était l'anniversaire d'Hitler. La direction du camp voulait lui faire un cadeau".

En plus de donner des informations aux proches de victimes, ces fichiers peuvent être utilisés pour les compensations liées au service du travail obligatoire (STO) ou aux camps de concentration. Mais ils comportent des données sensibles, notamment des informations sur des maladies héréditaires, des expériences pseudo-médicales ou encore des motifs d'incarcération, comme l'homosexualité.

Le SIR est tenu de protéger ces données, mais plusieurs pays et organisations, dont la France, sont favorables à leur ouverture au public. Ce qui ne les empêche pas de s'interroger sur le droit à la vie privée. Le Conseil central des Juifs en Allemagne est "plus que favorable à l'ouverture des archives", souligne son secrétaire général, Stephan Kramer. Mais "nous sommes soucieux que ces informations personnelles soient traitées avec précaution".

Les documents sont réglementés par les accords de Bonn de 1955, dont les statuts devront être modifiés pour parvenir à une telle ouverture. Paris "espère" que cette modification "sera adoptée à l'unanimité" le 16 mai, a précisé jeudi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Mattéi.

29.03.2006

Le monde retrace le calvaire d'Ilan Halimi

Par Gérard Davet et Piotr Smolar / Le Monde - 21 mars 2006

Ils s'appellent Jérôme Ribeiro, dit "coup de tête", Samir Ait Abdelmalek, alias "Smiler", ou "agent Murphy", comme dans le film Matrix, Fabrice Polygone, Yahia Kaba et Jean-Christophe G., le seul mineur du groupe, surnommé "Zigo". Ils ont entre 17 et 27 ans. Geôliers d'occasion, recrutés par Youssouf Fofana, 25 ans, – "le boss" – au hasard des cités de Bagneux. "Youssouf Fofana fait peur, très peur, a dit Jérôme Ribeiro aux policiers, on sait tous dans la cité qu'il ne faut pas l'enculer, sinon c'est chaud pour nous." Un "grand" de la cité, ancien taulard qui les recrute à la mi-janvier pour quelques milliers d'euros. "Il m'a demandé si je voulais me faire beaucoup d'argent, j'ai répondu oui, a expliqué Jérôme Ribeiro. Il m'a indiqué qu'il suffirait de garder trois jours un homme." Cet homme, c'est Ilan Halimi ; sa détention durera en réalité trois semaines, du 21 janvier au 13 février, jour où le jeune homme a été retrouvé à l'agonie. L'autopsie a conclu à un décès "consécutif à des brûlures étendues associées à des plaies cervicales par arme blanche". Elle a également révélé la présence de multiples ecchymoses et éraflures.


"TRACES DE BRÛLURES"

La première semaine de séquestration se passe dans un appartement prêté par le concierge. Youssouf Fofana a installé le décor : des draps "de couleurs à motifs orange, pour masquer les murs". Menotté, habillé d'un peignoir acheté chez Auchan, nourri de protéines liquides à l'aide d'une paille, ses geôliers autorisent Ilan Halimi à fumer un joint, entre deux gifles. Pour entrer dans l'appartement, un code : deux coups puis un autre, frappés sur la porte. Puis Ilan Halimi est transporté dans une salle de la chaufferie, sur les épaules du "boss". Son sort ne varie guère. "Il pissait dans une bouteille et faisait caca dans un sac en plastique", a indiqué un geôlier, Yahia Kaba.

Les violences sont régulières. "Dès le premier jour, j'ai pu constater que l'otage présentait des traces de brûlures par mégots au niveau des côtes et du dos", a affirmé Cédric Birot Saint-Yves, autre geôlier. Pour Jean-Christophe G., les coups auraient débuté après un premier échec de remise de rançon. Selon lui, Ilan Halimi "a commencé à réclamer souvent des cigarettes. Tous les quatre, Nabil, Yahia, Jérôme et moi, nous lui avons mis des tartes quand il gémissait pour avoir des cigarettes. (…) Il m'est arrivé aussi de lui mettre de petits coups de balai sur les jambes, cuisses ou mollets." Mais les épisodes les plus signifiants ont eu lieu avant de prendre des photos destinées à effrayer la famille de la victime : simulacre de sodomie avec un manche à balai, coup de cutter à la face infligé par Samir Ait Abdelmalek.

A la fin de la détention, les rotations sont de plus en plus laborieuses chez les geôliers. Certains se cherchent des excuses pour raccourcir leur tour de garde. L'impatience règne. Une réunion de crise est organisée dans le local, deux jours avant la mort d'Ilan Halimi . "La conversation s'est tenue devant l'otage, a raconté Cédric Birot Saint-Yves. Le boss nous a réunis afin de savoir qui voulait ou ne voulait pas continuer. (…) Nous craignions la présence de la police dans le secteur et nous pensions que nous n'aurions pas d'argent." Nabil Moustafa confirme cet épisode : "On a dit qu'on en avait assez. Le boss a réfléchi et il a décidé qu'il n'y avait plus que ce soir-là, que l'autre devait dégager." Mais le calvaire d'Ilan Halimi n'est pas fini. Youssouf Fofana aurait continué à entretenir l'espoir d'une rançon. "Il voulait obtenir de l'otage le numéro d'un membre de sa famille qui n'aurait pas encore été contacté", a affirmé Fabrice Polygone, qui dit être sorti afin de faire le guet. Les autres auraient alors infligé des violences à Ilan Halimi. A son retour, il l'aurait trouvé "dos contre le mur, jambes un peu repliées vers le torse. Il était en peignoir. J'ai vu nettement des traces d'éraflures ou de frottement sur le côté gauche de son torse, un peu partout, vers les côtes, le cou, la poitrine. Ça ne saignait pas." Le chef de la bande aurait encore donné des gifles à l'otage ; il portait "des gants avec tissu sur le dos de la main et un simili-cuir sur le plat", précise Fabrice Polygone. Il est minuit passé, ce lundi 13 février. Il faut préparer Halimi avant sa remise en liberté, pendant que Youssouf Fofana va chercher une voiture. "Lorsque j'ai soulevé sa couverture, j'ai vu des taches de sang sur son pyjama avec des trous, au niveau des jambes et du ventre, a détaillé Nabil Moustafa. Quand on l'a déshabillé, j'ai vu des plaques rouges sur son ventre (…), ça ressemblait un peu à des brûlures." Avant de le remettre à leur chef, les geôliers doivent nettoyer toute trace compromettante sur leur otage. "Nabil, Zigo et moi, on devait le laver avec de l'eau, du gel douche qui se trouvait sur place et des gants de toilette, a expliqué Fabrice Polygone. Je lui ai coupé les cheveux. Zigo et Nabil ont trouvé que ce n'était pas assez court et ils ont essayé de le lui raser les cheveux avec un rasoir mécanique à deux lames, noir ou bleu." Puis Ilan Halimi est séché et enveloppé dans un drap violet, que Jean-Christophe G. avait acheté au supermarché du coin.

"DROIT DANS LES YEUX"

Plus tard dans la nuit, Youssouf Fofana arrive. "Une fois dans le local, Youssouf nous a dit qu'il allait partir avec l'otage", a déclaré Fabrice Polygone. Les geôliers l'aident à conduire Ilan Halimi jusqu'à une voiture, le hissent à l'intérieur. Après le départ du chef, ils nettoient les lieux. "J'ai jeté des sacs de courses, des bouteilles, des sachets de biscuits, des croissants", s'est souvenu Cédric Birot Saint-Yves.

Pourquoi Ilan Halimi n'a-t-il pas été relâché ? Samir Ait Abdelmalek a dit qu'il avait croisé Youssouf Fofana au lendemain du départ d'Ilan Halimi de la cave. En tête-à-tête, le chef du gang lui aurait raconté qu'il avait déposé l'otage, la veille, dans les Yvelines, à bord d'une voiture volée, puis serait revenu auprès de lui. "A ce moment, Ilan avait réussi à enlever son bandage des yeux, a expliqué Samir Ait Abdelmalek. Il avait donc vu Ilan le regarder droit dans les yeux et du coup Youssouf avec un couteau lui a mis un coup dans la gorge vers la carotide puis un coup de l'autre côté de la gorge. Ensuite il a essayé de lui couper le bas de la nuque. Puis il lui a mis un coup de couteau dans le flanc. Il avait sûrement dû revenir avec un bidon d'essence car il m'a dit qu'il avait utilisé un bidon pour asperger Ilan avec ce combustible et l'a incendié sur place." Interrogé le 23 février à Abidjan, Youssouf Fofana a nié toute responsabilité. Il a affirmé qu'il a conduit son otage derrière le supermarché Cora de Bagneux, pour le confier à un dénommé Marc, dit "Crim" ou "Craps", et à un autre homme, qui l'ont enfermé dans le coffre de leur voiture. Le lendemain seulement, Fofana a dit avoir appris que "Crim et son copain s'étaient rendus à Sainte-Geneviève-des Bois, qu'ils avaient déposé le corps dans un petit bois et qu'ils avaient versé de l'acide sur l'ensemble du corps, qu'ils y avaient mis le feu et qu'une boule de feu s'était formée".

Gérard Davet et Piotr Smolar

Ouverture d'une enquête sur une chanson antisémite

http://fr.news.yahoo.com

PARIS (AP) - Le parquet de Paris a ouvert mardi une enquête préliminaire pour provocation à la haine raciale à la suite d'une plainte après la diffusion sur Internet d'une chanson antisémite, a-t-on appris de sources judiciaires.

Le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme a déposé la semaine dernière une plainte simple après avoir été alerté de la diffusion sur le net d'un rap intitulé "J'aime pas les Juifs", a indiqué mardi à l'Associated Press Samy Ghozlan, président de cette association.

Une voix jeune à l'accent français, sur un rythme et un phrasé rap, promet à un "sale juif" un "coup de canif dans la gueule", aligne les allusions à Hitler, aux fours crématoires et parle de la revanche des Arabes sur les Israéliens. L'auteur du texte assure faire partie des "partisans d'Arafat" avant de vouloir cramer "Israël au cocktail Molotov".

Provocation d'un groupe d'extrême droite, texte d'un groupe de rap? Les enquêteurs devront déterminer qui est à l'origine de ce texte et ses interprètes. En 2005, une rumeur avait attribué la paternité d'un texte antisémite à un groupe de rap lyonnais. Ce dernier a porté plainte.

20.03.2006

Discriminations

NOUVELOBS.COM

A l'initiative du couple d'historiens Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, une "semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences" est organisée à Paris.

" Comment vivre ensemble avec nos différences et faire reculer les discriminations ethniques, raciales, religieuses, sexistes, anti-homosexuelles et autres"? Cette question, pour le moins d'actualité, sera au cœur d'une semaine de rencontres, débats et manifestations culturelles qui démarre dimanche 19 mars à Paris.
Intitulée "Le Pari(s) du vivre-ensemble", cette "semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences" part de l'initiative d'un couple, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa, tous deux historiens du judaïsme à l'Ecole pratique des Hautes études de Paris.
Il y a près de deux ans, en mai 2004, ils avaient organisé à l'université de la Sorbonne et l'Institut du monde arabe une série de rencontres intitulées "Juifs et musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire".

"Bien avant que nos banlieues" brûlent

"Un public de plus de 1.500 personnes s'y précipitait dès le matin", écrivent-ils dans un communiqué. "Le dialogue avait eu lieu. Le relais allait être pris par d'autres, ce qui en fait était le but". Sous le même titre, un livre, paru aux éditions La Découverte en mars 2005, allait naître.

Mais le couple s'était aussi lancé -"et bien avant que nos banlieues connaissent l'explosion de novembre dernier", soulignent-ils- dans "la préparation d'un événement plus audacieux encore: le Pari(s) du vivre-ensemble".
Pour cette semaine, dont le thème trouve un fort écho dans l'actualité des derniers mois, Jean-Christophe Attias et Esther Benbassa ont mobilisé plusieurs soutiens, la ville de Paris, le ministère de l'Emploi, l'UNESCO, la RATP, l'Institut du monde arabe ou encore le Musée d'Art et d'histoire du Judaïsme, entre autres, et des partenaires dans les médias, dont Le Point, Libération, France-Culture, Arte, Beur FM ou Radio Orient.

Formation des jeunes et des enseignants

Leur semaine, qui encadre la Journée internationale de lutte contre les discriminations, le 21 mars, proposera un "débat citoyen", avec des tables rondes et des rencontres au Sénat, à la Sorbonne, à l'UNESCO, à l'Hôtel de Ville... Elle sera aussi émaillée de manifestations culturelles, avec des concerts, un concours et des expositions photo.
L'accent sera mis également sur "la formation des jeunes et des enseignants", avec une expérience pédagogique au lycée Voltaire dans le 11e arrondissement de Paris. Sur le thème "comment former une mémoire nationale commune et partagée par tous", une table ronde et des échanges entre élèves et professeurs seront organisés autour d'extraits des films "Le Chagrin et la Pitié" et "La Bataille d'Alger".
Un concours littéraire sur l'Autre sera aussi organisé dans les lycées parisiens et un tournoi de foot mixte aura lieu le 25 mars au stade des Fillettes dans le 18e arrondissement. Dans la semaine, l'Institut du monde arabe accueillera des ateliers.

17.03.2006

L’impression d’un éternel recommencement ou Le grand désarroi des Juifs de France

NOUVELS OBS.COM

« Je ne laisse plus mon fils de 11 ans se promener seul. » D’autres camouflent leur étoile de David et ne se « sapent » plus, de peur d’être pris pour des « riches »

«L'histoire d'Ilan, c'est celle d'un gosse de 23 ans qui sourit à une fille, qui croit partir vers un avenir radieux et qui se retrouve en enfer », dit Schlomo Malka, journaliste à RCJ (Radio-Communauté juive). Un jeune feuj qui flirte avec une petite beur et qui meurt : tragique parabole qui glace ceux qui croient que tout est encore possible et qui conforte ceux qui depuis longtemps déjà vivent dans la peur. Comment réagissent les juifs de France après l'assassinat d'Ilan Halimi ? Difficile de généraliser. Chez les représentants des juifs « communautaires », c'est le désarroi qui prédomine. « Nous pensions que nous étions moins exposés, explique Marc Knobel, chercheur au Crif. Les actes antisémites ont diminué de moitié par rapport à l'année dernière,même s'ils restent six fois plus élevés qu'il y a dix ans. Nous avions retrouvé confiance. Et puis ce drame atroce. » Impression d'un éternel recommencement. Les pouvoirs publics, accusés d'inertie au début des années 2000, ne sont plus en cause, cette fois. « Le mal a atteint les profondeurs, soupire Roger Cukierman, président du Crif. On n'a pas fini de payer les conséquences de l'affaire Dieudonné. Elle a enflammé la communauté afro-antillaise, qui jusqu'à présent n'avait pas été contaminée par l'antisémitisme. » Roger Cukierman a créé récemment avec le Cran (Conseil représentatif des Associations noires de France.) une Amitié judéo-noire. L'initiative ne convainc pas ceux qui lui reprochent sa « mollesse ». L'affaire Ilan n'a rien arrangé. « Le décalage entre la base et les dirigeants du Crif a éclaté au grand jour, assure Albert Myara, président de la communauté juive du Kremlin-Bicêtre. C'est la base qui a organisé les premières manifestations. Le Crif, comme toujours, est allé dans le sens de l'apaisement. » Et cela à l'opposé d'une partie de la communauté, qui raconte sa peur grandissante. « Je ne laisse plus mon fils de 11 ans se promener seul », dit Gilles Souissa, qui habite Sarcelles. « Ma femme ne sort plus », assure le rabbin Michel Bousikla, qui demeure dans le 19e à Paris, où vit une importante communauté juive. D'autres camouflent leur étoile de David, vissent une casquette sur leur kippa, ne se « sapent » plus, de peur d'être pris pour des « riches », donc des juifs. La seule issue, disent-ils ? Le départ pour Israël, dont les dirigeants sont d'ailleurs restés discrets depuis la mort d'Ilan. En juillet 2004, Ariel Sharon avait incité les juifs de France à émigrer pour « fuir un antisémitisme déchaîné ». Faute de faire l'alya - le départ pour Israël (en augmentation de 27% en 2005 par rapport à 2004) -, un certain nombre de juifs ont quitté les banlieues réputées difficiles. C'est sensible à Sarcelles, déserté par les familles qui en ont les moyens. Parfois, elles se regroupent ailleurs, dans des quartiers jugés tranquilles. Chez beaucoup d'entre elles, la tentation du repli est visible. Comme la montée de l'exaspération contre les beurs. « Mes parents n'ont pas eu la vie facile quand ils ont débarqué d'Afrique du Nord, dit Steve, 20 ans. Ils se sont faits discrets. Ils ont travaillé. Les autres n'ont qu'à en faire autant. » Certains vont plus loin. On parle d'autodéfense, on s'inscrit dans des cours de krav maga, un art martial israélien. On promet d'organiser des rondes, voire des milices. Paroles en l'air, jusqu'à présent. Ces milices n'ont jamais vu le jour. Le politologue Jean-Yves Camus pressent pourtant un risque de « radicalisation ». En témoignent certains sites très à droite (Migdal.org ou le site de la Ligue de Défense juive, notamment), qui trouvent un écho chez les jeunes ou les moins jeunes. Dans la manifestation de dimanche, des mômes s'agglutinaient derrière des drapeaux jaunes frappés d'un poing et de l'étoile de David, scandant « Fofana salaud, les juifs auront ta peau ! », trouvant dans la Ligue de Défense juive, apparue en France au début des années 2000, un point de repère : discours viril et pratique musclée pour jeunesse abandonnée. « La nature a horreur du vide, et les dirigeants de la communauté juive ne représentent pratiquement rien chez les jeunes qui subissent l'antisémitisme quotidien, affirme S., porte-parole de la LDJ. Ils ont laissé passer trop de choses : chaque acte antisémite doit provoquer une réponse politique ou physique. Si l'on avait fait peur à temps à ceux qui entretiennent la haine, leurs émules y réfléchiraient à deux fois. » Revendiquant 200 militants impliqués ou soupçonnés de l'être dans plusieurs incidents violents, la LDJ a toujours été tenue à l'écart par la communauté juive officielle. Aujourd'hui encore, malgré l'émoi suscité par la mort d'Ilan, elle reste toujours aussi minoritaire.